Nul ne le niera : la langue française regorge de traquenards et de subtilités. Les écrivains sont bien placés pour le savoir : lequel n’a jamais été pris d’un affreux doute devant son clavier ou son calepin ? Pour pallier ces désagréments qui entachent le plaisir de l’écriture (et de la lecture), Hélène, correctrice, lève le voile sur dix fautes fréquemment commises par les auteurs. Un bon prétexte pour (re)faire le point sur quelques notions délicates… ou tout bonnement oubliées !  

Espèce

On ne dit pas : J’ai vu un espèce d’abri au bord de l’étang.

On dit : J’ai vu une espèce d’abri au bord de l’étang.

De nombreuses personnes sont tentées d’accorder l’article déterminant « espèce » avec le nom qui le complète. Une dérive surprenante, car l’hésitation est beaucoup moins marquée, voire inexistante, pour des expressions similaires, comme « une sorte de » (a-t-on jamais entendu « un sorte de gredin » ?)

Retenez que, quel que soit le genre du nom qui le suit, « espèce » est toujours féminin. Par conséquent, tout déterminant le précédant prendra automatiquement la marque du féminin. On écrira donc bien « une espèce de reproche » et « cette espèce de ressentiment ».

Attention : l’adjectif ou le participe passé qui suit l’expression ne s’accorde pas avec « espèce », mais avec le nom complément ! Exemple : « une espèce de fauteuil démodé » (accord avec « fauteuil ») / « cette espèce de fléau qui s’est abattu sur son foyer » (accord avec « fléau »).

 

Après que

On ne dit pas : Après qu’il eût mangé, il quitta la table.

On dit : Après qu’il eut mangé, il quitta la table.

Le subjonctif nous en fait décidément voir de toutes les couleurs ! Quand ce n’est pas son orthographe (accents circonflexes et terminaisons rocambolesques), c’est sa légitimité qui nous fait trembler.

La construction de l’expression « après que » ne doit pas être confondue avec celle de « avant que ». « Avant que » annonce un événement destiné à se produire dans le futur : sa réalisation n’étant pas encore assurée, c’est le mode subjonctif qui s’impose.

En revanche, « après que » se réfère à un fait désormais accompli : le subjonctif n’a, dès lors, plus lieu d’être. C’est donc l’indicatif qu’il convient d’employer (et, parfois, le conditionnel).

 

Alternative

On ne dit pas : Les protéines végétales sont une alternative à la viande.

On dit : Manger des protéines végétales ou consommer de la viande : voilà l’alternative à laquelle je suis confronté.

Que ce soit dans les journaux, les magazines ou les romans, le terme « alternative » est employé à tort et à travers. Au point que l’on en viendrait (presque) à oublier son sens premier…

En effet, « alternative » désigne un choix entre deux possibilités. Ce n’est ni l’une ni l’autre de ces deux options, mais leur mise en opposition qui donne tout son sens au mot. On ne peut donc pas hésiter « entre deux alternatives » : c’est l’alternative elle-même qui nous fait hésiter !

Ainsi, la prochaine fois que l’on vous imposera une situation qui ne vous plaît guère, chassez bien vite le « N’y a-t-il pas d’autre alternative ? » qui tenterait de passer en force ! Optez tout simplement pour « N’y a-t-il pas d’autre solution ? »

 

Gentilés

On ne dit pas : Ce français aime les baguettes.

On dit : Ce Français aime les baguettes.

Le gentilé est le nom donné aux habitants d’un lieu géographique.

S’il convient de faire usage des majuscules de façon raisonnée, il existe toutefois des règles typographiques auxquelles un auteur ne peut se soustraire. C’est le cas des gentilés : face à eux, nombreux sont les écrivains à s’emmêler les pinceaux et à opter pour la majuscule au petit bonheur la chance…

La règle générale est la suivante : majuscule pour un nom, minuscule pour un adjectif. Dans la phrase citée en exemple ci-dessus, le terme « français » est manifestement un nom. Pour preuve, vous pourriez le remplacer par n’importe quel autre terme de même nature grammaticale : « ce garçon aime les baguettes » (garçon : nom), « ce touriste aime les baguettes » (touriste : nom), etc.

Contre-exemple : « Il est français ». Nous avons ici affaire à un adjectif, que l’on pourrait remplacer par « beau » (il est beau), « laid » (il est laid), « gentil » (il est gentil), etc. Par conséquent, c’est bien la minuscule qui s’impose.

 

Enjoindre

On ne dit pas : Il l’enjoignit d’écourter son récit.

On dit : Il lui enjoignit d’écourter son récit.

Derrière ses séduisants atours littéraires, le verbe « enjoindre » ne se laisse pas si aisément courtiser… Souvent malmenée, sa construction grammaticale doit être maniée avec précaution.

Comme tout verbe transitif indirect, « enjoindre » se construit exclusivement avec un complément introduit par une préposition : on enjoint À quelqu’un de faire quelque chose. On se gardera donc bien d’enjoindre quelqu’un de faire quelque chose…

Pour ne plus vous faire avoir, songez que « enjoindre » suit le même modèle que « dire » ou « ordonner » : on dit ou on ordonne À quelqu’un de faire quelque chose.

 

Se rappeler / se souvenir

On ne dit pas : Je me rappelle de ses cheveux blonds.

On dit : Je me rappelle ses cheveux blonds.

« Se rappeler » est un verbe transitif direct : en d’autres termes, cela signifie qu’il doit être suivi d’un complément d’objet direct (on se rappelle quelque chose). La particule « de » doit donc être systématiquement bannie de sa construction.

De même, on veillera à dire « Je me le rappelle » (et non « Je m’en rappelle », le « en » sous-entendant un COI).

Attention à ne pas le confondre avec « se souvenir ». Ce dernier est un petit rebelle : il se construit non pas avec un COD mais avec un COI. Ainsi, vous écrirez : « Je me souviens de cette triste époque » ou encore, avec un infinitif complément, « Je me souviens d’avoir connu cette triste époque ».

 

Malgré que

On ne dit pas : Malgré qu’il soit têtu, c’est un bon garçon.

On dit : Bien qu’il soit têtu, c’est un bon garçon.

Même si Gide et Daudet – pour ne citer qu’eux – l’ont abondamment employée, cette locution suscite nombre de débats du côté des grammairiens…

En attendant, il semble plus prudent de reléguer le fameux « malgré que » au rang des indésirables et de le réserver à la seule tournure reconnue par l’Académie : « malgré que j’en aie » (et ses petits frères : « malgré qu’il en ait », « malgré que tu en eusses », etc.), qui signifie tout simplement « en dépit de moi », « malgré moi ».

Dans un texte soigné, on privilégiera par conséquent des tournures équivalentes comme « bien que », « encore que » ou « quoique ».

 

S’ensuivre

On ne dit pas : Le malheur qui s’en est suivi.

On dit : Le malheur qui s’est ensuivi.

Le verbe « s’ensuivre » nous vient du latin insequi et signifie « résulter ». L’homophonie aidant, on le retrouve bien souvent construit sur le même modèle que « s’en aller ». À tort.

Il faut résister à la tentation de dissocier « en » et « suivre » (notamment dans les temps composés, là où l’erreur est la plus fréquente) : collés ils sont, et collés ils resteront ! Pour vous aider, pensez au verbe « s’enfuir » : de la même manière qu’il serait tout à fait incongru de dire « il s’en est fui », n’écrivez pas « il s’en est suivi »…

La tournure « s’en ensuivre », quant à elle, est tout à fait correcte mais tombée en désuétude (euphonie oblige).

 

Le participe passé conjugué avec « avoir » et suivi d’un infinitif

On ne dit pas : Les bâtiments que Véronique a vus construire.

On dit : Les bâtiments que Véronique a vu construire.

Nous nous attaquons à la bête noire de bien des Français : l’accord du participe passé. La règle à retenir dans le cas présent est la suivante : quand le participe passé est conjugué avec l’auxiliaire « avoir » et suivi d’un verbe à l’infinitif, ledit participe passé s’accorde avec le COD qui précède si et seulement si ce dernier fait l’action exprimée par l’infinitif.

Pour illustrer cette règle un tantinet indigeste, prenons l’exemple suivant : « Les femmes que j’ai entendues chanter ». J’ai entendu qui ? Les femmes. Par conséquent, « les femmes » est bien un COD. Maintenant, ces femmes sont-elles bien celles qui font l’action du verbe à l’infinitif (et, en l’occurrence, qui chantent) ? Oui, assurément ! Selon la règle ci-dessus, on accorde le participe passé avec le COD et on écrit « entenduES » (féminin pluriel).

Dans l’exemple donné en introduction, « les bâtiments » est également COD. Toutefois, est-il possible que ces bâtiments fassent l’action de l’infinitif, c’est-à-dire qu’ils construisent ? Cela semble peu probable ! Le participe passé restera donc invariable.

 

Cas particulier : le participe passé est « fait »

On ne dit pas : Les actrices que Véronique a faites jouer.

On dit : Les actrices que Véronique a fait jouer.

Vous avez bien lu la règle du paragraphe précédent ? Si tel est le cas, vous serez légitimement tenté d’adopter le raisonnement qui suit : « les actrices » est COD, le COD fait l’action exprimée par l’infinitif (ce sont bien les actrices qui jouent), c’est donc l’accord du participe passé qui s’impose.

Attention ! Le participe passé « fait » ne suit pas la règle préalablement exposée : il est systématiquement invariable quand il est suivi d’un infinitif.

À noter que l’Académie préconise d’appliquer cette même invariabilité au participe passé « laissé » lorsqu’il est suivi d’un infinitif. Il est donc préférable d’écrire : « les actrices que j’ai laissé jouer » (et non « laissées jouer »).

 

Et quand j’ai un doute ?

Après ce petit tour d’horizon, vous voilà apte à éviter quelques fautes particulièrement répandues. Toutefois, si l’hésitation vous assaille pendant la rédaction de votre ouvrage, n’hésitez pas à consulter vos dictionnaires, le BLED ou le Web (en ayant soin de vérifier la fiabilité de vos sources, bien entendu). Et pour éradiquer toutes les bévues de vos romans, pensez à faire appel à un professionnel !

 

Hélène, correctrice, de Strix Words.

 

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